Sans-surprise, il m’arrive de passer des entretiens de temps en temps avec des startups ou de discuter avec des recruteurs et fondateurs. Et depuis un certain temps un signal a tendance à revenir. De façon générale j’essaye de prêter attention aux patterns et signaux ; en particulier, j’essaye de voir au-delà de la manière dont ils m’apparaissent.
En l’occurrence le signal est : que je n’aurais peut-être pas suffisamment d’expérience.
C’est décevant, non ? Mais derrière ce qui semblerait être un à-coup dans l’égo, j’y ai vu une opportunité de réfléchir à ce qu’on qualifie d’expérience dans mon milieu professionnel, et dans les métiers techniques plus généralement.
La réduction de cette réflexion est que l’ancienneté et l’expérience, entendu comme légitimité technique, sont à peu près orthogonales. On peut avoir de l’un sans l’autre et inversement.
Pour l’illustrer : il n’est pas attendu d’un stagiaire de 23 ans d’avoir une expertise technique de haut niveau. La seule vraie attente légitime est qu’il soit curieux et motivé. À l’inverse, un ingénieur de 40 ans génère beaucoup plus d’attente en termes d’expertise technique. C’est raisonnable, car il a a priori plus “d’expérience”.
Mais en réalité il y a un biais dans cette formulation. En effet, on considère que cet ingénieur a bien accumulé de l’expérience et non juste de l’ancienneté. Le biais est de confondre ancienneté et expérience. Et j’identifie là un risque de carrière : décorréler son ancienneté de son expérience.
Je crois que cette distinction est une raison pour certains de s’orienter vers des rôles de manager. Comme une façon de ne plus avoir à justifier d’une expérience technique en regard de l’ancienneté. La motivation est de conserver une forme de crédibilité vis-à-vis de l’organisation et de ses pairs.
L’ancienneté est systématique, et facilement mesurable. Et pour cette raison, certains sont tentés d’en faire un proxy de l’expérience. L’expérience, en revanche, est empirique. C’est un ensemble de connaissances, de pratiques, de situations rencontrées, de problèmes résolus et d’initiatives menées. Ça ne se mesure pas simplement. Surtout, c’est une mesure très individuelle.
La vérité c’est que l’on ne peut pas être cohérent et crédible si ancienneté et expérience sont “trop” décorrélées. C’est une mesure subjective, j’entends. Mais c’est la mesure que cherchais a évaluer chacun des recruteurs avec lesquels j’ai discuté. C’est pour cela que rester dans une situation où l’on n’apprend plus, revient à laisser l’ancienneté s’accumuler sans l’expérience : un pur sabotage.
Au-delà de ce signal, je réalise l’importance de me recentrer sur mon apprentissage, sur l’expérience que j’ai à raconter, et la manière de la structurer. Ce blog plus largement, est ma réponse à ce signal.